Cliniques indépendantes : leur rachat par des groupes privés tire-t-il les prix vers le haut ?
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Selon une étude Ifop remontant à 2023, les Français dépensaient en moyenne 943 € par an pour l’alimentation et les dépenses de santé de leurs animaux de compagnie. Ce tarif, conséquent pour le budget moyen d’un foyer français, peut doubler, voire tripler si un chien ou un chat rencontre des problèmes de santé, doit subir une intervention chirurgicale ou être pris en charge en urgence dans une clinique vétérinaire. Les raisons de cette hausse tarifaire sont dues :
- Au statut des cliniques vétérinaires libres de fixer le prix de leurs consultations, à l’inverse du secteur de la santé humaine.
- À l’émergence de spécialités comme la neurologie, la cardiologie, l’oncologie ou l’imagerie de pointe.
Toutefois, un autre point pourrait être responsable de cette augmentation préoccupante pour certains praticiens et propriétaires de chiens et de chats, qui craignent que l’intérêt économique ne prenne le pas sur la qualité des soins : la corporatisation du secteur vétérinaire. Ce terme désigne le rachat de cliniques indépendantes par des groupes privés, souvent soutenus par des fonds d’investissement.
Le rachat des cliniques indépendantes par des groupes privés a-t-il modifié le fonctionnement économique de ce secteur, sa gestion et l’autonomie des vétérinaires ? Que disent les chiffres ?
Rachat des cliniques indépendantes : quels sont les effets sur les prix ?
Est-il exact que la corporatisation peut multiplier la facture par six entre un vétérinaire indépendant et un groupe privé ? S’il n’existe pas encore de chiffres permettant de mesurer ce phénomène, des témoignages de propriétaires de chiens ou de chats sont déjà remontés jusqu’aux oreilles des médias ou des vétérinaires toujours indépendants.
Selon ces témoignages, les prix des consultations et des actes médicaux auraient augmenté de 30 à 50 % en 2025 dans certaines cliniques rachetées par des groupes privés. La même année, France Info rapportait qu’une intervention pratiquée sur un chat pouvait être facturée 1 664 € dans un établissement d’urgence appartenant à un groupe privé, contre 271 € dans une clinique indépendante. Pour les propriétaires disposant d’une assurance complète qui prend en charge les examens de pointe, une partie de ces frais peut être remboursée selon les garanties prévues par le contrat.
Quelques exemples chiffrés allant de la consultation de base à la spécialité et datant de 2026 :
| Niveau de soin | Examen pratiqué | Structure ciblée | Tarif de la consultation en 2026 pour un chien ou un chat |
| Généraliste le moins cher | Consultation de base | Clinique indépendante dans le 20e arrondissement de Paris | 29 € |
| Clinique publique | Cardiologie et dermatologie | Centre hospitalier universitaire vétérinaire (CHUV) Oniris à Nantes | 110 à 135 € |
| Groupe privé (AniCura Advetia) | Oncologie | Centre hospitalier vétérinaire (CHV) dans les Yvelines | 162 € |
| Groupe privé (VetAgro Sup) | Scanner | Centre hospitalier universitaire vétérinaire (CHUV) à Lyon | 550 € |
| Groupe privé (AniCura) | Scanner | Centre hospitalier vétérinaire (CHV) Pommery à Reims | 748 € |
Comment les groupes privés justifient-ils cette hausse ?
Selon eux, la hausse des salaires des praticiens et des assistants vétérinaires, le développement des consultations spécialisées ainsi que le financement d’équipements de pointe comme les plateaux techniques (IRM, radios dentaires, scanners, etc.) expliqueraient une partie de l’augmentation des prix. À titre d’exemple, un microscope intégrant des fonctionnalités d’intelligence artificielle représente un investissement d’environ 15 000 € et le prix d’une radio dentaire peut monter à 20 000 €. Quant à l’achat d’un appareil IRM, il peut se chiffrer à 500 000 €.
Pour amortir ces équipements dans l’ensemble coûteux, les cliniques répercutent logiquement une partie de l’investissement sur la facture finale. Ce procédé peut rendre certains actes médicaux moins accessibles et contraindre des propriétaires à différer, voire à faire une croix sur les soins de leur animal de compagnie.
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Les propriétaires de chiens et de chats en ont-ils au moins pour leur argent ?
En clair, ces groupes privés offrent-ils de meilleurs soins qu’une clinique indépendante ? Force est de constater que les cliniques rachetées par les groupes privés et possédant une meilleure technologie permettent d’accéder à des consultations spécialisées qui sont inexistantes dans certaines régions et à des équipements de pointe, comme les IRM ou les scanners.
L’Autorité de la concurrence a d’ailleurs reconnu que ces technologies toujours plus pointues permettaient de diagnostiquer avec précision les maladies, les blessures ou les pathologies complexes chez les animaux à quatre pattes, puis d’améliorer leur prise en charge. Toutefois, aucune étude ne permet d’affirmer que l’appartenance à un réseau ou à un fonds d’investissement garantit une meilleure qualité des soins. À ce jour !
En octobre 2025, l’Autorité de la concurrence a précisé qu’une concentration trop importante de ces structures pourrait réduire la concurrence et conduire à une hausse globale des tarifs vétérinaires.
Rachat des cliniques indépendantes : une dynamique en forte progression
Jadis, les cliniques vétérinaires en France étaient majoritairement détenues et gérées par des praticiens indépendants, à la fois soignants et propriétaires. Il y a encore quelques années, la vente d’une clinique vétérinaire à un fonds d’investissement, par exemple, n’était pas monnaie courante dans une profession très attachée à son indépendance. Aujourd’hui, ce modèle libéral, qui était fondé sur la compassion et le dévouement envers les animaux, connaît donc une profonde mutation. Des vagues de rachat se succèdent depuis des années avec l’arrivée de grands groupes dans l’Hexagone.
Quels sont ces principaux acteurs ?
À ce jour, le paysage est dominé par une dizaine d’acteurs. Certains revendiquent un actionnariat principalement vétérinaire et d’autres sont adossés à des fonds internationaux. Qui sont donc les groupes qui rachètent des cliniques vétérinaires indépendantes ? Il y a notamment IVC Evidensia, AniCura, VetPartners, Sevetys, Univet ou encore Mon Véto.
Près de 20 % des vétérinaires travailleraient aujourd’hui pour ces groupes privés
En 2026, près de 950 établissements vétérinaires en France sur un total d’environ 8 000 auraient opéré un virage en vendant à des réseaux de grande taille, capables de mutualiser les équipements, les fonctions administratives et les achats de matériel médical. Car le rachat des cliniques indépendantes par des groupes privés ne se limite pas à une question de prix. Il s’accompagne souvent d’une standardisation des pratiques, de l’organisation et des outils de gestion. Certains vétérinaires mettent aussi en avant une pression sur les objectifs de rentabilité. Si les praticiens concernés s’en défendent, d’autres estiment que ces rachats accentuent l’aspect lucratif aux dépens des chiens, des chats et de leurs maîtres.
Pourquoi les vétérinaires indépendants vendent-ils à des groupes privés ?
Ce modèle évolue sous l’effet de plusieurs facteurs : départs à la retraite des vétérinaires indépendants, absence de repreneurs, gestion administrative toujours plus exigeante. C’est pourquoi beaucoup de nouveaux diplômés préfèrent opter pour le salariat plutôt que pour l’installation en libéral. Dans ce contexte, la vente à des fonds d’investissement est une solution jugée plus intéressante et sécurisante pour les nouveaux venus dans la profession.
Pourquoi cet intérêt pour les cliniques vétérinaires ?
Elles connaissent une forte expansion depuis plusieurs années. Porté par une fréquentation en forte hausse, le chiffre d’affaires des cliniques vétérinaires a bondi de 90 % en une décennie, entre 2015 et 2025, profitant d’un nombre record d’espèces canines et félines recourant à des soins vétérinaires. Cette expansion reflète à la fois l’attachement des Français à leurs animaux de compagnie et l’évolution d’une médecine vétérinaire toujours plus performante.
Finalement, le rachat des cliniques vétérinaires par des groupes privés ne semble pas, à lui seul, expliquer la hausse des tarifs. L’essor des soins spécialisés, l’investissement dans des technologies avancées et l’augmentation des coûts de fonctionnement contribuent également à l’envolée des prix. Une chose est toutefois certaine : la corporatisation du secteur vétérinaire est une réalité.
Mais cette réalité soulève une interrogation. Alors que les dépenses de santé animale pèsent de plus en plus lourd sur le budget des ménages français, les cliniques vétérinaires rachetées parviendront-elles à trouver le juste équilibre entre performance médicale et rentabilité économique ? Seul l’avenir le dira !
Bon à savoir
- Près de 1 000 cliniques vétérinaires sur environ 8 000 auraient déjà été rachetées par un réseau.
- Les prix des consultations et des actes médicaux auraient augmenté de 30 à 50 % en 2025 dans certaines cliniques vétérinaires rachetées par des groupes privés.
- Une hausse due notamment au financement d’équipements toujours plus pointus selon les groupes privés : IRM, scanners, etc.